dimanche 16 décembre 2018

BEZIERS : LA CHASSE A LA CRECHE EST OUERTE !


De longue date, les préfets sont censés être des gens sensés, même si rêvassant parfois dans les champs, tels que décrits dans les contes d’Alphonse Daudet. 
Mais à Béziers et dans ses proches environs, il semble y avoir comme une sorte de microclimat ; la preuve par Pierre Pouëssel, préfet de l’Hérault.
À en croire un entretien accordé au quotidien économique 
La Tribune, l’une de ses « priorités » ne serait autre que la « radicalisation islamique ». 
Et le même d’ajouter : « La sécurité publique est tout à fait essentielle dans une période où la menace terroriste est bien réelle. » Voilà qui est bien dit, clamé haut et fort, tel qu’il se doit. Ne reste donc plus qu’à passer aux actes. 
Et là, il ne s’agit plus tout à fait de la même « priorité », notre préfet étant parti en guerre contre d’autres périls encore plus grands ; la seule et simple présence d’une crèche à la mairie de Béziers, ville dont le premier édile n’est autre que Robert Ménard, bien connu de nos lecteurs.
Lequel nous confie, alors que nos confrères de 20 Minutes le donnent pour « injoignable », à croire que le bonheur puisse aussi être « simple comme un coup de fil » : « Voilà cinq ans que l’on fait la guerre aux Biterrois à propos de cette crèche de Noël. Les trois premières années, ceux qui étaient en pointe étaient des militants laïcs, pour ne pas dire laïcards, mais depuis deux ans, Pierre Pouëssel semble en faire une affaire personnelle. »
Il est un fait que cette année, il y a eu « saisie en référé » diligentée en seulement vingt-quatre heures par le préfet en question, alors que ce type de décision ne relève que du « trouble à l’ordre public », catégorie dans laquelle on voit mal comment y inclure un simple petit Jésus ronronnant du sommeil du juste dans sa mangeoire, veillé par un âne et un bœuf. Du coup, la crèche qui se trouvait à l’intérieur de l’hôtel de ville a été délocalisée quelques mètres plus loin, sur la place située juste devant l’édifice. 

« L’avantage, c’est qu’ainsi, notre crèche est encore plus voyante pour les Biterrois », s’amuse Robert Ménard qui, faisant à la fois assaut de ruse, d’humour et de malice, vient d’inventer un concept nouveau : la crèche à roulettes !

Ayant désormais vocation à être déplacée autant de fois que le préfet le voudra, cette dernière n’a donc pas fini de voyager, au risque d’obtenir l’effet inverse de celui souhaité par le fonctionnaire à casquette ? 
Ça y ressemble, toujours à en croire Robert Ménard :
 « L’année dernière, 23.000 Biterrois sont venus admirer cette fameuse crèche. Ce qui n’est pas si mal, pour une population globale de 78.000 personnes. 
Il ne s’agissait pas seulement d’une démarche religieuse, mais aussi d’une sorte de réflexe identitaire allant bien au-delà de la seule religion catholique. »
La preuve en est que le dimanche 2 décembre, ces mêmes catholiques sont venus assister à la fête juive d’Hannoukka.
 « J’ai installé le chandelier rituel sur la place, là où se trouve aujourd’hui la crèche.
 J’ai allumé la première branche du chandelier. 
Les dignitaires musulmans étaient aussi présents. » 
C’est vrai… on allait oublier la communauté islamique, très présente à Béziers. 
Robert Ménard, toujours : « Quand je suis invité à la rupture du jeûne musulman, je m’y rends volontiers. 
Mais tant que je serai maire, cette religion ne sera pas placée sur le même pied que le christianisme ou le judaïsme. »
Pourquoi ? « Tout simplement parce que je tiens compte des réalités historiques. 
Ici, les communautés juives remontent au Moyen Âge. 
Elles y ont été protégées contre les exactions catholiques.
Il s’agit d’une terre judéo-chrétienne, pas d’une terre d’islam. » Cela, les autorités musulmanes paraissent parfaitement le comprendre. 
Peut-être parce que le maire de Béziers a le don de leur parler « vrai », au contraire d’un Pierre Pouëssel trouvant pertinent de faire, chaque année, distribuer des brochures sur le ramadan – ce qui ne relève pas tout à fait du traditionnel pouvoir préfectoral – ou d’une Anne Hidalgo se flattant d’organiser la rupture du jeûne islamique sous les lambris dorés de l’hôtel de ville de Paris.
Et s’il y avait un secret du « vivre ensemble » biterrois ? 

Il est décidément fort, ce Robert

mercredi 12 décembre 2018

MANTES LA JOLIE

Mantes-la-Jolie : Ségolène Royal soutient la police, et elle a raison !


La position d’attente des 148 interpellés près du lycée Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie, et surtout le contexte de leur arrestation en plein mouvement des gilets jaunes, a fait d’eux des martyrs de la liberté de manifester. 
Certains ont choisi de reproduire cette image frappante, le 8 décembre, comme un pied-de-nez à la dérive autoritaire du régime Macron.
Le problème, c’est que les « lycéens de Mantes-la-Jolie » ont été canonisés un peu trop vite, et Ségolène Royal fait bien de le rappeler. 
Les faits n’ont pourtant pas manqué d’être détaillés par la presse, qui n’écrit pas que des bêtises : « C’était quand même terrible. Il y a eu des bonbonnes de gaz de jetées dans des bennes à ordures qui auraient pu flamber [note de l’auteur : c’est un gentil euphémisme], il y a une femme seule qui a été agressée, il y a eu des voitures incendiées, un déferlement de sauvagerie… » 
Les bonbonnes de gaz avaient, par ailleurs, été volées chez des riverains assaillis par la horde.
Faut-il s’en étonner ? On a peu lu que l’établissement public Saint-Exupéry, classé ZEP jusqu’à ce que cette appellation disparaisse pour les lycées, avait pour élèves les habitants de la célèbre cité « sensible » du Val Fourré. 
Les trois collèges voisins font partie du dispositif Rep+, indicatif d’un public notoirement rétif à toute discipline, cauchemar des parents consciencieux et des professeurs.
Dans cette « no-go zone », les émeutes n’ont pas besoin d’une réforme du bac pour éclater régulièrement. 
Les « jeunes » y tendent régulièrement des guet-apens à la police et aux pompiers pour le plaisir de s’exercer au tir en cloche de pavés et au tir tendu de mortier d’artifice. Le quartier fait parler de lui chaque soir du Nouvel An en tentant de battre des records de voitures incendiées. Autant dire que la réforme des lycées, Parcoursup ou les gilets jaunes, les émeutiers s’en soucient autant que de leur première poubelle brûlée.
Dans ce contexte, les policiers ont donc de quoi se réjouir d’avoir pu faire tenir tranquille et en silence la meute — formation favorite des semeurs de chaos des cités — qu’ils ont réussi à nasser sans dommages. Rappelons que trente-sept des interpellés étaient armés.
On a beaucoup lu que les forces de l’ordre s’était attaquées à des « enfants ». Il faudrait tout de même se mettre d’accord sur l’âge de raison. À quel moment devient-on libre et responsable de ses actes ? Ces émeutiers ont l’âge des chefs scouts, des pompiers volontaires, des plus jeunes soldats engagés au combat sur tous les théâtres d’opération. 
Quand on est assez vieux pour piller, agresser et incendier, on est assez vieux pour aller en prison. En réalité, la position d’attente jugée humiliante, à genoux et mains derrière la tête, ne dégrade ni plus ni moins que les vexations ordinaires d’une procédure de garde à vue.
« Soyons un peu concret : ça ne leur a pas fait de mal, aussi, à ces jeunes, de savoir ce que c’est que le maintien de l’ordre, la police, se tenir tranquille… Voilà, ça leur fera un souvenir, et vraiment, c’est pas mal pour leur redonner un peu le sens des réalités. […] C’est une bonne chose de voir qu’on ne laisse pas ces jeunes casseurs faire n’importe quoi, et n’importe où, et n’importe comment », conclut avec bon sens Ségolène Royal sur Europe 1.
Dans l’intérêt du mouvement des gilets jaunes, sachons faire le tri entre vrais manifestants et voyous opportunistes, sans nous laisser influencer par l’effet dramatique de certaines images

mardi 11 décembre 2018

Gérald Darmanin, un ministre dans la tourmente : il est beau, coco !



À chacun, on le sait, sa façon de gérer le stress. 
Il y a ceux qui dévorent du chocolat, ceux qui s’empiffrent de chouquettes ; il y a aussi des teigneux qui se défoulent sur un punching-ball, d’autres qui picolent, d’autres encore qui refont le Tour de France sur leur vélo d’appartement ou courent le marathon sur le tapis roulant.


En ces jours de manifs apocalyptiques, le petit jeunot du gouvernement – j’ai nommé Gérald Darmanin – a trouvé un dérivatif très choupinet. 

Notre ministre de l’Action et des Comptes publics n’a pas enfilé de gilet jaune pour aller prendre la température sur les ronds-points ; il ne s’est pas enfermé avec ses collègues de Bercy pour réfléchir à la refonte du système social « que le monde entier nous envie », ni même au scénario d’une VIe République qui nous sortirait de la mouise ; il ne s’est pas installé au volant d’un command-car pour ramener l’ordre dans les provinces.
Non, ce week-end, pendant que le pays était à feu et à sang, Gérald Darmanin interpellait la nation avec son perroquet sur l’épaule : « Avec Cocotte, on vous invite ce dimanche au Noël des animaux… pour la SPA. Il faut venir adopter des animaux. Hein, Cocotte, c’est vrai ! Hein, Hein, c’est vrai… 
Allez Cocotte, on vient aider la SPA ! »
À donf avec Cocotte ! Ça doit être son côté « ministre de l’Action », à Gérald, Moussa.
Convenez-en, il est mimi tout plein, notre ministre. 
Il est vrai que sa géométrie politique est très variable, qui va de la droite très à droite au macronisme contre mauvaise fortune bon cœur. C’est comme cela qu’il s’en est pris plein la tête, jeudi dernier, sur France Inter, où les pseudo-amuseurs publics Charline Vanhoenacker et Guillaume Meurice lui ont taillé un costard sur mesure. 
Je dis « pseudo » parce que ces deux-là appartiennent au nouveau clergé, celui de la bien-pensance qui, sous couvert d’humour, contribue à ouvrir grandes les vannes du fiel et de la haine sur les réseaux sociaux.
Darmanin est un jeunot qui, à 40 ans tout juste, a déjà beaucoup roulé sa bosse politique. Il est alors de bon ton de lui rappeler qu’en 2017, alors qu’il était directeur de campagne de Sarkozy pour la primaire de droite, il n’avait pas de mots assez durs pour un certain Emmanuel Macron dont il affirmait : « Son élection précipitera la France dans l’instabilité institutionnelle et conduira à l’éclatement de notre vie politique. »


 Six mois plus tard, il devenait son ministre…
Le ministre de l’Action est un fonceur. Il prend les devants. Tellement désireux d’être la voix de son maître qu’il est parfois plus macronien que Macron lui-même.
 C’est comme ça qu’il a vu « la peste brune » s’abattre sur l’Arc de Triomphe. S’occuper de la vie des bêtes est moins risqué. Ce n’est pas Cocotte qui ira l’accuser de viol ou d’abus de confiance.
Disons-le : Géral Darmanin est un gars épatant, ce que ne manquent pas de lui rappeler ses copains sur Twitter. Petit florilège :
– « Je crois rêver. Le lendemain d’un chaos vous n’avez trouvé que ça pour faire pleurer dans les chaumières. Juste un mot : pathétique. »
– « Le mec est ministre des comptes publics, le pays est à feu et à sang car les Français veulent payer moins d’impôts, et lui pépère il se photographie avec son oiseau. Quel gouvernement, je suis abasourdi. »
– « Y’a 309 moutons de l’Assemblée qui devraient bientôt retrouver leur famille d’accueil, ça tombe bien. »
– « Pauvre type. La France brûle et il vient faire le singe avec son oiseau. »
– « La France en pleine fièvre contre les impôts. Le ministre des impôts caresse sa perruche… Ne changez rien. »
Voilà, voilà… Il est beau, coco !


Source : Marie Delarue via Bld Voltaire

dimanche 9 décembre 2018

GILETS JAUNES ( suite )

 « Un banquier d’affaires ne peut comprendre les besoins du peuple »


À l’heure où cet article est écrit, il est difficile de savoir comment se terminera la journée du 8 décembre. 
D’après les chaînes d’information continue, la matinée fut relativement paisible sur les Champs-Élysées, malgré quelques moments de tension : on expliquait que de nombreuses interpellations préventives avaient eu lieu en amont et que le dispositif mis en place par le ministre de l’Intérieur semblait efficace. Christophe Castaner, qui joue son poste dans cette affaire, devait commencer à se pavaner.
En début d’après-midi, on vit apparaître, non plus des gilets jaunes, mais des individus casqués et cagoulés, tout vêtus de noir, provoquant les forces de l’ordre, tentant de dresser des barricades ou allumant des incendies. 
Apparemment, ils n’avaient été ni repérés ni appréhendés. 
Puis on apprit que les troubles s’étendaient dans plusieurs quartiers de Paris.
On entendit sur une chaîne un « historien spécialiste des mouvements sociaux » dénoncer complaisamment des groupes organisés d’extrême droite, qui voulaient à tout prix en « découdre », ajoutant, quelque temps après, tant la désinformation paraissait flagrante, que tout dépendait de l’endroit où l’on se trouvait. 

De fait, la plupart des journalistes, tout comme les téléspectateurs, remarquaient surtout la présence de militants d’ultra-gauche, anarchistes et antifas. 

Ce que tous pourraient reconnaître, c’est que le slogan le plus populaire des manifestants était, de nouveau, « Macron démission ! » Deux déclarations de gilets jaunes, qui n’avaient pas l’air d’excités, expliquent ce souhait, laconiquement formulé. 
L’un répondait à un journaliste qu’on est « au bout du système » ; l’autre, qu’« un banquier d’affaires ne peut comprendre le peuple français ». Emmanuel Macron, qui devrait prendre la parole lundi ou mardi (ou peut-être avant ?), ferait bien de méditer ces propos. 
Il ne peut se contenter de condamner les violences et de proposer des réunions de concertation au niveau des régions, des départements, voire des municipalités. 
Des cahiers de doléances ne sont justifiés que si l’on s’engage à les étudier et à infléchir sa politique.
À considérer son attitude depuis qu’il est au pouvoir, son arrogance et son mépris, sa certitude d’avoir raison, il est peu probable que ce soit le chemin qu’il emprunte. 
N’ayant pas réussi à disqualifier le mouvement de révolte, ayant cherché à le diviser en distinguant les gilets jaunes « raisonnables » des « radicaux », il aimerait que la contestation se perdît dans des bavardages sans fin pour mieux souligner les contradictions entre les revendications et, finalement, ne rien changer.
Il répétera, sans doute, comme il l’a déjà fait, qu’il n’est pas infaillible – ça ne mange pas de pain – mais n’infléchira pas en profondeur sa politique. 
Pourtant, lui qui s’intéresse à l’Histoire, il devrait prendre exemple sur de Gaulle, qui recherchait constamment l’assentiment du peuple en le consultant et quitta le pouvoir en 1969, quand il fut désavoué.
Au-delà des questions de pouvoir d’achat, ce que demandent les Français qui manifestent, ce n’est pas une accélération des réformes : c’est un changement de politique ou, tout au moins, une inflexion profonde, une prise en compte de la volonté du peuple. Ils ne veulent pas d’une démocratie formelle qui s’arrange pour satisfaire d’abord l’oligarchie de l’argent. 
Ils ne veulent pas d’un banquier qui fait les affaires de la finance avant de s’occuper des affaires des Français.

Source : Bld Voltaire

jeudi 6 décembre 2018

GILETS JAUNES

La crise des gilets jaunes pose au pouvoir en place la question de sa légitimité


Selon France Info, l’Élysée craindrait la présence, samedi 8 décembre, d’« un noyau dur de plusieurs milliers de personnes » qui viendraient à Paris « pour casser et pour tuer ». 
Ce jeudi matin, Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires, a fait, sur BFM TV, une annonce similaire. 
Le gouvernement possède-t-il des informations sûres ? 
Joue-t-il la dramatisation pour dissuader les manifestants de se rendre à Paris et dégager sa responsabilité au cas où se produiraient vraiment des incidents tragiques ? Tout est possible.
 On ne peut que constater une évidence : Emmanuel Macron, le gouvernement et la majorité n’ont pas saisi la véritable nature du mouvement des gilets jaunes, qui est une remise en cause de leur légitimité.
Le camp macronien continue d’affirmer qu’il garde le même cap, car il aurait été approuvé, aux élections présidentielles, par une large majorité d’électeurs. C’est là que commence l’imposture. Macron n’a obtenu, au premier tour, que 24,01 % des suffrages exprimés, c’est-à-dire une petite minorité. S’il a atteint 66,10 % au second tour (avec 11,52 % de blancs et nuls), c’est par défaut, parce qu’un certain nombre d’électeurs ont choisi Macron pour rejeter Marine Le Pen. 
Ce n’est, en aucun cas, par adhésion à son programme de campagne, au demeurant flou sur bien des points.
La majorité rétorque que les élections législatives ont confirmé ce choix, puisque 
La République en marche a obtenu 306 sièges et le MoDem 42. C’est oublier que ces deux partis n’ont réuni, au second tour, que 18,88 % des inscrits et ont bénéficié du mode de scrutin. Objectivement, la majorité actuelle n’est pas représentative des Français, même si elle fut légalement constituée. 
En niant cette réalité, en agissant comme s’ils avaient la confiance d’une majorité de Français, Emmanuel Macron et son gouvernement ne peuvent aller que dans l’impasse.
Ce n’est pas en faisant le dos rond ni en présentant les gilets jaunes comme des factieux (d’ultra-droite, de préférence à l’ultra-gauche, aux casseurs et aux pilleurs professionnels) que le pouvoir pourra apaiser la colère qui monte dans tout le pays : Emmanuel Macron, retranché dans l’Élysée, Édouard Philippe, bien obligé de suivre ses volontés, les députés de la majorité qui font bloc pour se rassurer semblent n’avoir rien compris à ce qui se passe et cherchent à sauver la face, alors qu’ils l’ont totalement perdue.
C’est la grande leçon qu’il faut tirer de cette crise des gilets jaunes. La Constitution de la Cinquième République, fabriquée sur mesure pour le général de Gaulle, ne convient plus à la France d’aujourd’hui. Il faut développer les modes de consultation du peuple – ce que réclament, avec leurs mots, la plupart des gilets jaunes. Non pas, comme le projette le gouvernement, par une dose insignifiante de proportionnelle – d’autant plus insignifiante que le nombre de députés serait parallèlement diminué – mais par des mesures concrètes : consultation directe ou par les corps intermédiaires, référendum d’initiative populaire, introduction de la proportionnelle intégrale, avec prime au vainqueur… les moyens ne manquent pas.
« Aucune taxe ne mérite de mettre en danger l’unité de la nation », a déclaré le Premier ministre devant l’Assemblée. 

Il a raison, mais il doit en tirer toutes les conséquences. 
Aucun gouvernement ne peut tenir longtemps sans l’assentiment d’une majorité des Français. Pour sortir durablement de la crise des gilets jaunes, Macron doit admettre qu’il n’est pas infaillible et procéder à des réformes institutionnelles. Non pas pour asseoir son pouvoir mais pour le légitimer. Pour devenir le président de tous les Français. 

Comme on se doute qu’il n’est pas prêt à le faire, il ne lui reste, au choix, qu’à se retirer ou à dissoudre l’Assemblée.

Source : Bld Voltaire

lundi 3 décembre 2018

MACRON DOIT DEMISSIONNER




Selon les sondages, entre 71% et 84% des Français soutiennent le mouvement des gilets jaunes. 78% des sondés ont jugé l’intervention du Président peu convaincante. 


Ces chiffres sont inouïs. Jamais pareil phénomène n’avait eu lieu dans le cadre de la Ve République. Une telle opposition à un gouvernement ne s’était vue qu’en 1995 en réponse au plan Juppé. Toutefois, la situation était plus classique. 
Il s’agissait d’une mobilisation des classes populaires, de la gauche contre la « droite » au pouvoir. 
Un seul élément peut rapprocher les deux : la maladresse du pouvoir, son incapacité à sortir d’une position dogmatique exposée avec raideur et hauteur. 
En 1995, Chirac était élu sur le thème de la fracture sociale. Les mesures sévères sur les retraites, le pouvoir d’achat et la sécurité sociale étaient apparues comme une trahison du programme présidentiel que les Français avaient sanctionnée. De la même façon, l’insistance absurde de Macron sur la transition énergétique pour justifier la hausse des taxes est, pour la plupart des Français, un hors-sujet par rapport à ce qu’ils avaient cru déceler en lui de nature à lui apporter leurs suffrages : la compétence économique et donc la capacité de redresser la situation du pays. 
Non seulement, les résultats en matière de chômage, de pouvoir d’achat, et d’amélioration des comptes publics ne sont pas au rendez-vous, mais l’acharnement à taxer sans cesse davantage pour rentrer dans les clous bruxellois, au lieu de faire des économies sur les dépenses superflues de l’Etat, apparaît comme une évidence aux yeux d’une majorité de Français.

La France vient de confirmer sa première place en Europe pour la pression fiscale : 58,4% du PIB, du jamais vu, là encore.

Devant un tel soulèvement, un pouvoir démocratique doit faire preuve de souplesse. Il lui était facile d’annoncer un moratoire de trois mois pour la hausse prévue en janvier, le temps d’une discussion et d’un examen de la situation. Macron a fait preuve à cette occasion d’une psycho-rigidité inquiétante. 
Elle n’est pas le fait d’un homme politique responsable. 
Elle révèle « en même temps » un narcissisme, qui n’est devenu que trop évident, et une certaine fragilité, les deux n’étant nullement contradictoires. 
Le Chef de l’Etat ne veut pas céder parce que cela atteindrait sa personne, et parce qu’il a, une fois pour toutes, décidé que tout recul ébranlerait l’ensemble de sa politique. 
C’est évidemment le contraire : si, dès le début, tenant compte de la montée du prix du pétrole, le gouvernement avait adapté ses mesures au contexte dans lequel vivent de nombreux Français « périphériques », il aurait pu facilement surmonter l’obstacle. En se raidissant inutilement, et semble-t-il en désaccord avec son Premier Ministre. 
Jupiter, tombé de l’Olympe depuis l’affaire Benalla, a fait glisser clairement la contestation sur sa personne.
Au-delà de cette fragilité conjoncturelle du pouvoir macronien, deux autres éléments concourent à le mettre en péril. 
D’abord, la contestation, voire la révolte, est spontanée. 
Elle naît un peu partout dans le pays en rassemblant des gens qui pour beaucoup n’ont aucune obédience , ni partisane, ni syndicale. Il n’y a pas de leader incontestable et les contacts pris ne peuvent être qu’informels et flous. 
Ils ne peuvent conduire à une négociation débouchant sur un accord. En second lieu, et ceci explique en partie cela, c’est le pouvoir tout entier qui a quitté le sol de notre démocratie. Celle-ci pouvait décevoir, mais elle était parvenue à un rythme régulier fondé sur le bipartisme. 
En cassant celui-ci et en empêchant la troisième force, le Rassemblement National, de prendre place dans l’alternance, comme les travaillistes avaient succédé aux libéraux au Royaume-Uni, un intrus est arrivé au pouvoir après une sorte de coup d’Etat médiatico-judiciaire suivi de l’exclusion d’un parti représentant un tiers des Français. 
Qu’on aime ou non ce parti, ce n’est pas sain. Macron a été élu par défaut, et la majorité exorbitante qui a été envoyée à l’Assemblée est hors-sol. 
Elle ne remplit pas son rôle faute d’expérience, de représentativité locale, voire parfois de sérieux. 
Au garde-à-vous devant un Président qui n’est pas le Général de Gaulle, elle dévalue le pouvoir législatif et n’est d’aucun secours, pourtant, pour un Chef d’Etat en difficulté.
Certains préconisent une dissolution de cette Assemblée peu représentative. 
Cela paraît justifié en raison de sa déconnexion d’avec le peuple. 
Mais qui peut penser qu’un Président complètement isolé, sans relais dans le pays, détesté par les Français qu’il a méprisés, et face à une Assemblée hostile pourrait remplir son rôle, et cela au profit du pays ? 
La seule solution est malheureusement de revenir sur l’erreur initiale : son élection. C’est lui qui doit démissionner et laisser les Français élire un successeur. 
Ce contre-temps coûteux sera préférable à la descente aux enfers que connaîtra le pays avec le maintien au pouvoir d’un homme qui n’est pas fait pour cela

Source : Ch Vanneste